Dépendance à une substance

Dépendance à une substance

Le terme « addiction » n’est pas encore répertorié dans les classifications psychiatriques.

Nous distinguons alors l’usage, l’usage nocif ou abus de substance, et la dépendance.

1) Le simple usage n’est pas associé à une pathologie particulière
2) L’usage nocif est plus difficile à identifier
3) Enfin, la notion de dépendance apparait dans le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual – Revision 4 – 1994), et le CIM-10 (Classification Internationale des Maladies), les  2 manuels de références.

Je vous propose ici un bref rappel des définitions, communément admises, de la dépendance.

Pour de plus amples renseignements, je vous conseille ce document regroupant les diverses classifications et les points de vue des spécialistes de la question.

La Dépendance

Manuel Français CIM-10 (code F10.2)

Abus d’une substance psycho-active (Alcool, Tabac, les drogues illicites (cannabis, cocaïne, héroïne, ecstasy, LSD, champignons hallucinogènes), les médicaments psychotropes et le dopage)

Syndrome de dépendance

Ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques dans lesquels l’utilisation d’une substance psycho-active spécifique ou d’une catégorie de substances entraine un désinvestissement progressif des autres activités. La caractéristique essentielle du syndrome de dépendance consiste en un désir (souvent puissant, parfois compulsif) de consommation. Au cours des rechutes, c’est-à-dire après une période d’abstinence, le syndrome de dépendance peut se réinstaller beaucoup plus rapidement qu’initialement.

Pour un diagnostic de certitude, au moins trois des manifestations suivantes doivent habituellement avoir été présentes en même temps au cours de la dernière année :

  • Désir puissant ou compulsif d’utiliser une substance psycho-active.
  • Difficultés à contrôler l’utilisation de la substance (début ou interruption de la consommation ou niveaux d’utilisation).
  • Syndrome de sevrage physiologique quand le sujet diminue ou arrête la consommation, comme en témoignent la survenue d’un syndrome de sevrage caractéristique de la substance ou l’utilisation de la même substance (ou d’une substance apparentée) pour soulager ou éviter les symptômes de sevrage
  • Mise en évidence d’une tolérance aux effets de la substance psycho-active : le sujet a besoin d’une quantité plus importante de la substance pour obtenir l’effet désiré.
  • Abandon progressif d’autres sources de plaisir et d’intérêts au profit de l’utilisation de la substance psycho-active, et augmentation du temps passé à se procurer la substance, la consommer ou récupérer de ses effets.
  • Poursuite de la consommation de la substance malgré la survenue de conséquences manifestement nocives.

 Manuel américain DSM-IV-TR (code 303.90)

Mode d’utilisation inadapté d’une substance conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance, cliniquement significative, caractérisé par la présence de 3 (ou +) des manifestations suivantes, à un moment quelconque d’une période continue de 12 mois :

1. Tolérance, définie par l’un des symptômes suivants :

  • Besoin de quantités notablement plus fortes de la substance pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré
  • Effet notablement diminué en cas d’utilisation continue d’une même quantité de la substance.

2. Sevrage, caractérisé par l’une ou l’autre des manifestations suivantes :

  • Syndrome de sevrage caractéristique de la substance (cf critères A et B du Sevrage ci-dessus)
  • La même substance (ou une substance très proche) est prise pour soulager ou éviter des symptômes de sevrage

3. La substance est souvent prise en quantité plus importante ou pendant une période plus prolongée que prévu.

4. Il y a un désir persistant, ou des efforts infructueux, pour diminuer ou contrôler l’utilisation de la substance.

5. Beaucoup de temps est passé à des activités nécessaires pour obtenir la substance, à utiliser le produit, ou à récupérer de ses effets.

6. Des activités sociales, professionnelles (ou de loisirs) importantes sont abandonnées ou réduites à cause de l’utilisation de la substance.

7. L’utilisation de la substance est poursuivie bien que la personne sache avoir un problème psychologique ou physique persistant ou récurrent susceptible d’avoir été causé ou exacerbé par la substance.

Critères de Goodman

Une autre voie de compréhension est proposée par Aviel Goodman (1990), afin de se décentrer du point de vue psychiatrique de la dépendance en introduisant le besoin compulsif de répéter un comportement entrainant des conséquences néfastes pour le sujet.

Il inclut donc les « addictions » selon les critères suivants :

  1. Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.
  2. Plaisir ou soulagement pendant sa durée.
  3. Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
  4. Présence d’au moins cinq des neuf critères suivants
    1. Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation.
    2. Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l’origine.
    3. Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le comportement.
    4. Temps important consacré à préparer les épisodes, à les entreprendre, ou à s’en remettre.
    5. Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales.
    6. Activités sociales, professionnelles récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement.
    7. Perpétuation du comportement bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou physique.
    8. Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.
    9. Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au comportement.
  5. Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés pendant une période plus longue

Sources

Mini DSM-IV-TR, J.-D. Guelfi et al., Paris, Masson, 2004

CIM-10/ICD-10, Classification Internationale des Maladies – 10ème révision, Organisation Mondiale de la Santé, Paris, Masson, 1992

Le Psychodynamic Diagnostic Manual – “S311 Addictive/Substance Abuse Disorders” offre aussi une alternative intéressante en prenant en compte la dynamique des processus psychiques du sujet.